Dans la grotte d'une artiste

06 octobre 2013

Trucage - Retour vers le passé

 

https://vimeo.com/75716713

 

     Durant cet intensif de début d’année, nous avons travaillé sur beaucoup de techniques de trucages : la colorisation, le déplacement d’objets, le rebond, le split screen, le ralenti, l’accéléré, le remappage temporel, le suivi de mouvement, l’incrustation… Mais nous avons également parlé des grandes personnalités qui ont marqué l’histoire du trucage tel que Georges Méliès, Alfred Hitchcock… Cette approche nous a conduit à nous interroger sur les rapports qui peuvent exister entre le contenu et la forme dans le trucage audiovisuel. Mais quels liens peuvent-ils entretenir ? Quelles conséquences peuvent-ils avoir sur le film ?

     Le trucage est un procédé qui cherche à créer une illusion. Il s’agit plus précisément d’une manipulation ou encore d’une modification de l'image manuelle ou assistée par ordinateur afin de tromper le spectateur. Son utilisation peut se faire pour différentes raisons dont la plus évidente est une meilleure compréhension des faits présentés. Parce que le contenu d’un film peut être traité de façon différente selon l’auteur, il est logique d’affirmer que la forme du trucage influence son rendu final. Autrement dit, les émotions et les références transmises par le contenu du film changent en fonction de la forme utilisée pour les exprimer. La manière dont les émotions d’un film sont perçues peut variée grâce aux différentes formes qu’il est possible de lui donner : elles peuvent être amplifiées, atténuées, multipliées, brouillées… Il semble donc judicieux de penser que la forme des effets spéciaux, bien qu’elle soit variée pour un même fond, est très peu dissociable du contenu. Donc, les rapports qui existent entre les deux sont, selon moi, très étroits dans la plupart des cas. Cependant, il me semble que leur relation varie principalement en fonction des objectifs que se fixe l’auteur et de la volonté qu’il a de partager telles ou telles expériences de telles ou telles façons. Si celui-ci souhaite que certaines scènes soient plus dramatique que comique, l’ensemble des « trucs » utilisés pour parvenir à ses fins passe par un choix précis des divers procédés susceptibles d’être utilisés. La musique peut aussi en faire partie.

     Dans mon projet final, mon premier objectif a été d’utiliser le plus de techniques vues durant ce cours. Mon principal but a donc été de faire une sorte de film récapitulatif. Mon deuxième objectif a été de surprendre le spectateur. Les images que j’ai utilisées n’ont pas vraiment de rapport entre elles. Le paysage présent au début du film n’existe pas. Il a été créé grâce à une symétrie axiale appliquée au centre des deux images. Je n’ai pas voulu utiliser de photographie de paysage car aucune n’était aussi plate que cette silhouette d'arbre. Toutes possédaient une profondeur de champ trop importante qui aurait perturbé le regard du spectateur si je les avais utilisées. Grâce à ce stratagème, l’attention du lecteur est centrée sur l’action du premier plan et n’est pas distraite par la beauté de l’image présentée. Pour introduire cette séquence j’ai utilisé un cadre mobile, faisant ainsi référence au cadre des tableaux. Naturellement, la balle qui fait l’action est aussi un effet de trucage. L’arrêt sur image que j’ai accompagné d’un flou complet du paysage sans son cadre m’a permis d’accentuer l’attention du spectateur sur la balle et d’introduire le trou dans lequel elle tombe par la suite. En faisant clairement référence au drapeau Japonais, cette balle est devenue, pendant un court instant, le soleil. Ce fait ne peut pas être pris à la légère puisqu’il renvoie à un symbole de puissance et de force accentué par la couleur. Le split screen qui suit l’action m’a permis de créer une continuité, un effet de causalité immédiat, bien marqué et non suggéré de la scène de chasse du chat (totalement truquée), amplifiant ainsi l’effet Koulechov. Tirée du même film, la séquence où les canards courent ne possède pas de raison apparente qui justifie cette action contrairement à celle du chat un peu glouton qui est en vérité une chatte pleine à la recherche de ses petits. Cette succession d’actions possède donc contrairement à l’effet rendu par un simple enchaînement de séquences un prolongement cohérent et surtout apparent. De plus, cette technique permet d’obtenir un aperçu beaucoup plus détaillé et beaucoup plus complet de la scène grâce aux différents points de vue montrés.

     Le moment choc serait, selon moi, provoqué par le rembobinage du film ou encore le « retour vers le passé ». L’utilisation du flash-back permet de répondre à une question que le spectateur ne se poserait pas naturellement et donne une raison au mouvement et à la trajectoire, parfois étrange, de la balle. De cette façon l’élément principal de ce film, autrement dit, l’objet qui a précédemment marqué le regard du spectateur reste inchangé : Son importance se voit donc décuplée.

 

     Finalement, l’utilisation de ces types de trucages contrairement à un autre dans ce court-métrage résulte, comme dit précédemment, d’une volonté personnelle. D’autres formes auraient pu donner un effet identique à ceux présentés : un simple raccord entre la séquence des canards et du chat pour suggérer une scène de chasse aurait pu suffire. Cependant, son utilisation aurait, à mon sens, fait perdre le fil conducteur de tout le court-métrage : la balle rouge. Je ne l’ai donc pas utilisé et comme la couleur n’a pas été choisie au hasard : L’utilisation du rouge marque davantage les spectateurs. Symbole de force, de puissance, de beauté et de vie, cette couleur chaude s’oppose au bleu du cadre. Il est, contrairement au rouge, une couleur très froide, profonde et immatérielle. Ce contraste donne à l’ensemble de la composition un certain équilibre qui non seulement adoucit mais aussi dynamise le tout. Chaque effet de trucage possède donc un but précis qui n’est pas négligeable. De ce but dépend le rendu final du film.

 

Posté par Simarline RIBOT à 17:31 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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